Je n’aide pas les autres malgré ce que j’ai vécu. Je les aide parce que je l’ai vécu.
Tant que je n’y avais pas donné de sens, j'ai pensé que mon histoire ne devait pas être racontée. Que c’était quelque chose à surmonter, dans l’ombre, puis à mettre derrière moi et à ne plus mentionner.
Pour ne pas paraître fragile, vulnérable. Même si tout mon corps brûlait d’être entendu dans mes blessures, mes souffrances que j’exprimais maladroitement dans l’intimité, avec le point de vue unique de la victime.
Je me disais que « une fois que j’aurai dépassé ça je pourrai prétendre aider les autres à le dépasser aussi ».
Et puis j'ai eu un déclic : ce que je faisais n'était pas une reconversion. C'était la suite logique de tout ce que j'avais traversé et ça allait m’aider au centuple.
Ces décennies d'emprise n'étaient pas un accident de parcours. Elles étaient la matière de ce que j'avais à transmettre.
Ce qui me l'a confirmé est assez simple.
Quand j'imagine accompagner quelqu'un qui sort ou qui veut sortir d'une emprise, qui sait que quelque chose cloche mais ne sait pas quoi, je ressens plusieurs choses :
- De la compassion. Parce que je sais ce que ça coûte.
- Du respect. Parce que je sais le courage qu’il faut pour oser penser à soi alors qu’on vit avec quelqu’un qui ne fait que ça.
- Et de la joie. Cette force de vie que j'avais appris à cacher pour ne pas déclencher la colère.
Aujourd'hui, elle est un de mes plus sûrs guides.
Et pour la première fois, personne ne me demande de la justifier ou de l’éteindre. Je ne le permets plus à personne.
En aidant les autres à se libérer, je continue de me libérer.
Ce pivot fait lui-même partie de mon travail de résilience.
C'est peut-être ça, vivre sa mission :
Quand ce que tu donnes aux autres te nourrit autant que ce qu'il t'a fallu traverser pour y arriver.